LES PREMIERS PALLOTTINS AU CAMEROUN

LES PREMIERS PALLOTTINS AU CAMEROUN 

C'est depuis 1842 que l'Église Catholique commence à s'intéresser au Cameroun. La mission des deux Guinées que le Pape Grégoire XVI établit en 1842 englobait le Gabon et le Cameroun. Et lorsqu'en 1846 elle fut érigée en Préfecture Apostolique avec siège à Libreville (Gabon), le Cameroun restait toujours à l'intérieur de ses frontières. Mais ce premier intérêt porté au Cameroun par l'Église n'est que théorique.

À vrai dire, les Pères Spiritains, à qui la Préfecture des deux Guinées avait été confiée, limitèrent leurs activités pastorales uniquement au Gabon. Le Cameroun demeurait alors en dehors de toute activité missionnaire catholique. Le Cameroun étant devenu un protectorat allemand le 12 juillet 1884, trois confessions protestantes, dès octobre 1885, selon la décision de la Conférence de Bremen, y seront donc présentes, à savoir les Baptistes, les Reformés de Basel et les Presbytériens.

En effet la Kulturkampf (guerre des cultures) marque l'Europe et particulièrement l'Allemagne. C'est pourquoi Otto von Bismarck, chef du Parti prusse - protestant au Reichstag (Parlement allemand) et chancellier, favorise les missions protestantes dans les colonies allemandes. Seule l'Église Catholique reste encore absente au Cameroun. Sous la poussée de Ludwig Windhorst, chef du Zentrumspartei (Parti Catholique) au Parlement, s'ouvre enfin à l'Eglise Catholique la mission au Cameroun.
La Congrégation pour la Propagation de la Foi, par le Décret du 18 mars 1890, érige la Préfecture Apostolique dans cette terre de mission et confie aux Pères Pallottins, alors " Pieuse Société des Missions ", la responsabilité de cette grande œuvre. Le Vicariat Apostolique du Cameroun est le 133e de l'Église catholique, le 34e en Afrique et le tout premier sous l'ère du Pape Pie X. Le premier octobre 1890, la première équipe des Pallottins embarque dans le bateau Métropolis pour le Cameroun. Elle est composée de deux prêtres et de six frères: P. Gérard Henri Vieter, P. Georges Walter, Fr. Joseph Klosterknecht, Fr. Joseph Hofer, Fr. Georges Mohr, Fr. Hermann Franz, Fr. Robert Ulrich et Fr. Joseph Hirl.

Ils arrivent à Douala le 25 octobre vers 4 heures de l'après - midi. Le dimanche 26 octobre, ils célèbrent leur première messe dans le bâtiment de la factorerie Woermann située à la plage de Bell. C'est cette équipe de missionnaires pallottins qui s'engage pour l'évangélisation qui est en même temps l'humanisation et le renouvellement de l'individu. Au climat meurtrier et à une forêt opaque et même dangereuse, les Pallottins répondent par une détermination à la mission du Christ.

C'est d'abord à Marienberg, situé au bord de la Sanaga avec ses six villages environnants dont le plus grand est Pungo Sungo contenant 3 000 habitants, que les missionaires s'installent. En effet le roi Toko et la population de cette localité les accueillent avec grande hospitalité. C'est donc à juste titre que Marienberg, toute première fondation pallottine, est le berceau de l'Église Catholique au Cameroun. Le 8 décembre 1890 à Marienberg, à la Fête de l'Immaculée Conception, Père Vieter confie le Cameroun à la Vierge Marie, Reine des Apôtres. Il place ainsi l'avenir du pays et le travail des missionnaires sous la protection et la tendresse maternelles de Marie.

En 1891 les Pallottins fondent la station d'Édea. La localité est la porte d'entrée à l'intérieur du pays et particulièrement du pays des Ewondos dont les missionnaires entendent beaucoup parler. On y trouve aussi une population importante composée des Bakokos, des Bassas, des Éwondos et des Étons.Non loin d'Édéa, brille également Kribi par son emplacement et sa cosmopolité. Située au bord de la mer, plusieurs tribus à savoir les Batangas, les Ngoumbas, les Boulous et les Éwondos rendent cette localité vivante. C'est ainsi que les pallottins vont également y fonder une autre mission en 1892.

Il faut dire que le but de la mission des Pallottins est la conversion de l'homme. Le premier processus de christianisation est la conversion individuelle qui est intérieure. La conversion collective, quant à elle, réside dans le fait que le baptisé devient membre du Corps du Christ, qui est l'Église, et en même temps missionnaire auprès de son prochain. Le Père Vieter, dans un travail d'équipe avec ses confrères, met sur pied des méthodes efficaces pour implanter l'Église Catholique au Cameroun. Les priorités seront accordées à la fondation des écoles et des églises, à la nécessité de la catéchèse et à la formation d'une élite intellectuelle.

Le Père Vieter se rend également compte de la nécessité de la présence des Sœurs Pallottines. C'est ainsi que leur arrivée en 1892 sera très salutaire. Les Sœurs Monika, Marianne, Margaretha, Martha, Angela et Rosaria, toutes de nationalité allemande et au début de leur vie religieuse car sortant fraîchement du Noviciat à Rome, vont s'occuper de l'éducation des orphelins et beaucoup œuvrer pour l'émancipation de la femme. C'est aussi grâce à leur zèle missionnaire et à leur courage apostolique que l'évangélisation prend racine au Cameroun.

Si l'Église Catholique reste très dynamique au Cameroun jusqu'à nos jours, c'est en partie grâce à ses débuts. Autrement dit, grâce au courage et à la détermination de cette première équipe de missionnaires, et surtout au sens d'organisation et à la sagesse humaine, à la conscience de la responsabilité et à la vision du futur dont fait preuve le Père Gérard Henri Vieter, devenu évêque en 1905.
C'est par l'intermédiaire de ces premiers Pallottins et Pallottines, et bien d'autres après eux, que le Maître de l'Histoire renouvelle sa Loi éternelle au cœur de ce peuple de la forêt équatoriale.

Essono Aloyse, sac.